C’est pas la joie en ce moment. Peut-être le contrecoup de cet été, à un moment où je me sentais bien. Ici, l’automne n’a pas encore sa saveur colorée, la joie de voir les robes passer du vert à l’or, aux rouges … puis de voir ces touches de peintures s’étaler dans le ciel comme le peintre étale ses pinceaux sur la toile bleue qu’est le ciel. C’est toujours pareil, ce sentiment de la fin d’été. L’attente de voir quelque chose, d’être dans l’entre-deux. L’entre-deux, j’y suis, entre la reprise et la fin des vacances. Je suis fatigué de cette attente, comme souvent avec celles-ci, de toute façon.
Je suis patient, mais quand je fixe les délais. Sinon, c’est une autre paire de manche, et je déteste changer de vêtements quand j’en aime un.
Alors voilà, j’attends.
…
Une fois cette attente passée, je spéculerai : Bonne année ou pas ? Rencontres intéressantes ou non ? Les premières impressions ne me semblaient pas des meilleures, mais, qui sait ? Peut-être n’était-ce que de mauvaises impressions passagères, futiles, comme un jugement à la va-vite. Je l’espère bien, mais j’ai comme cette impression au fond de moi que ce sentiment ne se décollera pas de moi aussi facilement, aussi durement que je frotterai. “On enlève la rouille”, comme disent les japonais. J’ai l’impression que ma lame est bien touchée par celle-ci, et qu’il sera difficile de la remettre brillante pendant ces quelques années. Enfin, je spécule beaucoup en disant ça.
J’attendrai sûrement aux terrasses de café, sous les ombres des parasols ou sous les devantures par temps de pluie. J’attendrai comme les feuilles attendent le vent sur le bitume. Et j’espère que ce vent me portera loin, si possible. Autant mon corps que mon esprit, du moment qu’il m’emporte, je lui en serai toujours reconnaissant. Parce que déjà, ils les transportaient, ces feuilles mortes sur le bitume, dans une bourrasque, les faisant tourbillonner comme tourbillonne la tornade. Spirales de feu, spirales surnaturelles sur fond gris, sur fond unis, sur fond froid. La froideur du bétonneur, la froideur opposée à tout fleurissement.
J’aimerai aussi un peu de rêve, du rêve hollywoodien, comme celui qui m’a permit d’écrire ce que j’ai écris dans mes textes, comme celui qui fait rêver des centaines de millier de personnes de par le monde. Je rêve parce que, sans espoir, où va-t-on ? Je me suis surpris à me réveiller un matin en faisant probablement un rêve pire que la mort. Je me suis réveillé en ayant rêvé que, pendant un instant, l’Homme n’avait plus aucun espoir. Sur un fond apocalyptique. J’ai eu la sensation de l’espoir perdu, de ne plus rien espérer, que tout finirai là. Un point final à tout. Plus aucun bras tendu. Plus de sourire. En un seul et unique mot :
Rien
Je me suis réveillé à cet instant, m’agrippant à tous mes espoirs de mes mains éthérées. Je crois qu’à ma façon, j’ai affronté ce que des personnes affrontent tous les jours, ou ont affronté, que ce soit durant les guerres ou durant les famines, les maladies. Mais à l’échelle humaine. Quel paradoxe ! Je pensais, moi, comme si j’étais un ensemble ! L’énormité n’était pas aussi drôle qu’elle l’est maintenant. Je ne souhaite vraiment plus ressentir … ça.
C’est pourquoi, aussi futile qui puisse paraitre entretenir des rêves telles que ceux que j’affectionne, je ne préfère pas les dévoiler. Chacun ses secrets, en fin de compte.
Parce qu’un monde sans espoir, c’est une vie sans … vie. Je n’ai pas de mot assez fort pour décrire le fossé qui s’est ouvert quant j’ai ressenti ce sentiment. Le géant aux pieds d’argiles ? non. Ce n’était pas ce genre de fossé. C’était encore pire. C’était une implosion de tout ce qui fait ce que je suis. Une implosion indolore, et pourtant, sûrement celle qui fait le plus de mal.
Alors, l’automne arrive, et avec lui la mort de cette année, pour arriver à l’hiver. Mais après l’hiver, le printemps. On aime l’automne parce que l’on sait quelque part que le printemps nous permettra d’en revoir un. Tout comme on aime le printemps parce qu’il fait refleurir l’espoir, on aime l’automne parce qu’il permet de se détacher de certains d’entre eux qui sont encombrant.
Hier matin il y avait de la brume…